• Document: L architecture comme membrane. Georges Teyssot
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D  1/11 EXPLORATIONS IN ARCHITECTURE TECHNOLOGY L’architecture comme membrane PAGE  166 — 175 Georges Teyssot Traduction : Mireille Onon Révision : Yves Rosset From EXPLORATIONS IN ARCHITECTURE TEACHING, DESIGN, RESEARCH Issued by the Swiss Federal Office of Culture, Urs Staub Edited by Reto Geiser Birkhäuser Basel · Boston · Berlin 2008 ISBN 978-3-7643-8921-5 D  2/11 EXPLORATIONS IN ARCHITECTURE TECHNOLOGY L’architecture comme membrane George Teyssot Dans la Logique du Sens (1969), Gilles Deleuze se référait aux paroles pro- noncées par Antonin Artaud à sa sortie de l’hôpital psychiatrique de Rodez: «Pas de bouche. Pas de langue.. Pas de dents.. Pas de larynx. Pas d’œso- phage. Pas d’estomac. Pas de ventre. Pas d’anus. Je reconstruirai l’homme que je suis1.» Cet appel invoquait un corps continu et fluide, fait d’os et de sang, qui ne fut pas réduit à chacun de ses organes. Plus tard, dans l’Anti- Œdipe (1972), Deleuze et Félix Guattari formuleront l’hypothèse d’un corps conçu comme une machine libidinale, une «machine désirante» conduisant à la possibilité théorique d’un «corps sans organes». De nos jours, nous sommes confrontés à deux hypothèses qui semblent presque mutuellement s’exclurent: d’un coté, le «corps sans organes», c’est- à-dire une notion du corps qui ne s’appuie pas sur la singularité et l’autono- mie de chaque organe, mais où les organes seraient indéterminés; de l’autre, une notion basée sur l’organisation organique des organes, appelée «orga- nisme», qui correspond à la notion conventionnelle du corps, celui-ci fonc- tionnant selon la logique interne et les hiérarchies qui ont longtemps dominé la physiologie et le discours clinique. Ces deux approches dans l’explication du corporel semblent clairement opposées, bien que l’une n’exclue pas vrai- ment l’autre. L’une favorise un «corps sans organe», un rêve (fécond) de schizophrène, qui considère le corps purement dans son extériorité, en rela- tion à d’autres corps, perçus à travers des relations de surface, de différen- ces, d’affects, de désir; le corps fonctionne ici «comme un espace virtuel et lisse, indissociable des flux qui le parcourent et s’y interceptent2». L’autre approche souligne la réalité, ou la normalité, celle de l’organisme, concevant D  3/11 EXPLORATIONS IN ARCHITECTURE TECHNOLOGY le corps exclusivement dans son intériorité, dans son régime de distribution interne, où les organes autonomes décomposent le tout en de multiples par- ties et en morcellent l’intégrité. Ce type de logique fonctionnelle se reflète d’ailleurs dans ce qui sous-tend toute l’architecture soi-disant «moderne», et qui n’est rien d’autre qu’une application de l’organicisme. L’analyse de Deleuze et Guattari adoptait une attitude critique par rapport à certains courants de la psychanalyse, influencés par le structura- lisme linguistique, leur reprochant de concevoir le corps comme une tabula rasa, une sorte de feuille vierge sur laquelle pourront s’inscrire les événements tracés par le langage et où le pouvoir pourra écrire le texte de la loi. Cette conception du corps (lacanienne, au sens large) semblait impliquer une ponc- tuation du désir vidé par le Signifiant, créant un ordre phallique, celui de la famille, et par conséquent celui de l’Etat. La conception de Deleuze et Guat- tari insiste au contraire sur le fait que le désir ne manque de rien et ne man- que pas son objet, que le désir et son objet sont un – une et même chose, que le désir est une machine et que l’objet du désir est une autre machine connectée à celle-ci3.Pour Deleuze et Guattari, le corps est une surface mul- tiple, pliée comme une peau, comme ils écrivent dans Milles Plateaux (1980): «C’est la peau comme enveloppe ou anneau, la chaussette comme surface réversible. Ce peut être une maison, une pièce de maison, tant de choses encore, n’importe quoi. Un corps sans organes n’est pas un corps vide et dénué d’organes, mais un corps sur lequel ce qui sert d’organes [...] se dis- tribue [...] sous forme de multiplicités moléculaires4».Dans cette topologie, les maisons se présentent comme quelque chose de réversible, comme la peau

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