• Document: Jean Genet. Journal du voleur. Texte intégral
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Jean Genet Journal du voleur Texte intégral Jeélll Genet Journal du voleur Je nomme violence une audace au repos amoureuse des périls. On la distingue dans un regard, une démarche, un sourire, et c'est en vous qu'elle produit les remous. Elle vous démonte. Cette violence est un calme qui vous agite. On dit quelquefois : «Un gars qui a de la gueule. » Les traits délicats de Pilorge étaient d'une violence extrême. Leur délica- tesse surtout était violence. Goya. Les su r pr~ses du m1ro1r: L'homme au carcan (détail). Photo Gal limard- La photothèqu e. ISBN 2-07- 036493 - 3 -- - - _____________ A 36493 01!1()> catégorie J ..... Jean Genet Journal du voleur Gallimard @ Éditions Gallimtwtl, 1949. Le Journal du Voleur est l'ouvrage le plus dlèbre Je Jean Genet. Il a inspiti à jean-Paul Sartf'l! le texle que 110Ui : « N'est pas Narcisse qui flfUI. Combien se pm&benl sur l'eau qui ny 110ien1 qu'une vague apparmce d'homme. Genet se 110# partout; les surfaces les plus males lui f'l!fiiiOienl son image; mime &bez les aulm, il s'apetpJil d mel au jour du mime roup leur plus profond sem#. Le 1bbne inquiilanl du double, image, sosie, frire ennemi, se rdf'I1Utle en Ioules ses œutlf'I!S. Cbatune d'elles a œne /trange propriéfl d'hf!! elle- mime d le f'l!jlel d'elle-mime. Genet fail apparatm une foule grouillanle d touffue qui nous intrigue, nous lranspotte, d se ebange en Genet sous le rtgard Je Genet. « Dans le Journal du Voleur, le mythe du double a pris sa forme la plus rassuranle, la plus rommune, la plus naluf'l!lle : Genet y parle Je Genet sans intermldiaif'l!; il raamle sa vie, sa mism d sa gloif'l!, ses amours; il /ail l'bistoif'l! Je ses pmsles, 011 pourrait mJif'l! qu'il a, romme Montaigne, le projet bonhomme d familier Je se peindf'l!. Mais Genet n'est jamais familier, mime atJet soi. Bien sflr il dil loul. Toule la vtrill, rien que la flffrill : mais c'est la vtrill rame. Son autobiographie n'est pas une autobiographie, elle n'en a que l'apparmce : c'est une œmwgonie rame. Ses histoim ne son1 pas des histoires : elles flOUS passionnent d flOUS fascinent mais flOUS mJJiez qu'il flOUS raœntail des faits d f/OUS flOUS apen:er.tez soudain qu'il flOUS Jiml des rites; s'il parle des mendiants pouilleux du « Baf't'Ï() Chino » c'est poUr agiler sompl,_l des questions Je préslat~te d d'hiquette : il en le Saint-SÎfMrl de œne Cour des Mi,.Mles. Ses Sllllfltnif'S ne Sllllf pas des SOfltlmif'S : ils SOflf extUfS mais sacm; il paf'le de sa vie œmme un wangllisU, m Umoin lmerwïlll..• Si pounanf fJOfiS sat~n WÏf', à la joinfun, la ligne mina qui slpan le myfbe mwloppanf th myfbe mwloppl, fJOfiS J/çouflrim la vmfé, qui en mrible. » à SARTRE au CASTOR Le vêtement des forçats est rayé rose et blanc. Si, commandé par mon cœur l'univers où je me com- plais, je l'élus, ai-je le pouvoir au moins d'y découvrir les nombreux sens que jé veux : il existe donc un étroit rapport entre les fleurs et les bagnards. La fragilité, la délicatesse des premières sont de même nature que la brutale insensibilité des autres 1• Que j'aie à repré- senter un forçat - ou un criminel - je le parerai de tant de fleurs que lui-même disparaissant sous elles en deviendra une autre, géante, nouvelle. Vers ce qu'on nomme le mal, par amour j'ai poursuivi une aventure qui me conduisit en prison. S'ils ne sont pas toujours beaux, les hommes voués au mal pos- sèdent les vertus viriles. D'eux-mêmes, ou par le choix fait pour eux d'un accident, ils s'enfoncent avec lucidité et sans plaintes dans un élément répro- bateur, ignominieux, pareil à celui où, s'il est profond, l'amour précipite les êtres 2 • Les jeux érotiques 1.Mon émoi c'est l'oscillation des unes aux autres. 2.Je parle de l'idéal forçat, de l'homme chez qui se rencontrent toutes les qualités de pwù. 9 découvrent un monde innommable que révèle le langage nocturne des amants. Un tel langage ne s'écrit pas. On le chuchote la nuit à l'oreille, d'une voix rauque. A l'au be on l'oublie. Niant les vertus de votre monde, les criminels désespérément accep- tent d'organiser un univers interdit. Us acceptent d'y vivre. L'air y est nauséabond. : ils savent le respire~. Mais - les criminels sont loin de vous - comme dans l'amour ils s'écartent et m'écartent du monde et de ses lois. Le leur sent la sueur, le sperme et le sang. Enfin, à mon ame assoiffée et à mon corps il propose le dévouement. C'est parce qu'il possède ces conditions d'érotisme que je m'acharnai dans le mal. Mon aventure, par la révolte ni la revendica- tion jamais commandée, jusqu'à ce jour ne sera qu'une longue pariade, chargéè, compliquée d'un lourd cérémonial érotique (cérémonies figuratives menant au ba

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